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Faut-il bannir les livres racistes comme on déboulonne les statues ?

Écrit par Alexandre

19 août 2020

Né dans un contexte de violence policière au sein d’une société marquée par le communautarisme, le mouvement Black Lives Matter et les protestations parfois violentes qui y sont associées ont fait le tour du monde. Décryptage littéraire pour mieux comprendre l’origine de cette colère et les nouveaux enjeux soulevés par ce mouvement.

Dans l’héritage de l’organisation des Black Panthers propulsée par Malcom X et Martin Luther King dans les années 60, Black Lives Matter s’est imposé comme le mouvement de référence pour la reconnaissance des violences et discriminations faites au personnes de couleur à tous les niveaux de la société. Un mouvement qui semble légitime mais dont les effets font débat : discrimination positive, statues déboulonnées et détournement à n’importe quel prix.

D’où viennent ces revendications ?

La lutte raciale aux États-Unis est née dans le contexte de libération des moeurs qui a déferlé sur le monde occidental dans les années 60. Ségrégation et racisme quotidien ne sont désormais plus acceptés.

Une déferlante parfaitement illustrée par des ouvrages incontournables de cette révolution culturelle. Il faut “insister sur la conscience des autres ou la créer – ne faiblissons pas dans notre devoir maintenant, nous pourrons peut-être, à une poignée d’entre nous, mettre fin au cauchemar racial, et réaliser notre pays, et changer l’histoire du monde » martèle James Baldwin dans son recueil La Prochaine Fois, le Feu (qui a notamment donné le célèbre documentaire I’m not your Negro).

Cet extrait notable démontre la conviction et la volonté d’émancipation qui animait les communautés noires américaines à cette époque. Une volonté de se dégager du passé esclavagiste inscrit dans la société depuis des siècles, malgré son abolition officielle en 1865 dans la constitution. Une volonté implacable que les activistes américains revendiquent encore aujourd’hui, à tout prix.

Faut-il déboulonner les statues ?

Pour aller plus loin, certains activistes prônent une révision des manuels scolaires et le retrait de toutes les références aux personnalités historiques en lien de près ou de loin avec des actes racistes. Déboulonner sans prendre en compte le contexte historique et les avancées sociales qu’ils ont pu mettre en oeuvre durant leur vivant.

Mais les conséquences de cette ségrégation, la lutte violente qui en découle, est-elle légitime pour effacer l’histoire et user de moyens aussi radicaux pour changer la culture établie ? Comme le déclare Martin Luther King dans son essai posthume Un testament d’espoir, « l’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière peut le faire. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l’amour peut le faire”. Une injonction à poursuivre la lutte pour les droits civiques des personnes de couleur par la non-violence et l’amour, plutôt que la violence et les actes irraisonnés.

Suivant cette pensée, les actes de vandalisme ne semblent pas le moyen de régler un problème de fond ; il faudrait privilégier la volonté de préserver notre mémoire et notre héritage culturel pour construire ensemble un avenir respectueux de chacun.

Des écrivains racistes qui posent question

Pourtant, une certaine partie de notre héritage culturel véhicule une représentation raciste et blessante de notre histoire. Bestseller incontournable, Autant en emporte le vent revient régulièrement au centre des débats pour sa vitrine romantique de l’amérique raciste du 19ème siècle. Margaret Mitchell dépeint des scènes déconcertantes : « Brent se tourna sur sa selle et appela le nègre […]. « Nan, missié. Comment vous li c’oyez moi espionner li Blancs ? […] Ji n’ai pas rema’qué que vous li avez dit quèque chose pou’la met’en colè’. »

Faut-il effacer les traces d’un passé embarrassant ou assumer ce qu’a été notre monde ? Les écrits n’étant plus adaptés à la morale contemporaine sont-ils voués à disparaître ? Dans quelle mesure la lecture de ces écrits peut-elle influencer les actes et les croyances des lecteurs ?

Chacun aura certainement sa propre sensibilité et sa vision des choses. Une seule certitude, le mouvement Black Lives Matter, comme ce fut le cas d’autres mouvements par le passé, vient soulever des problématiques sociales qui continueront à l’avenir d’inspirer écrivains et lecteurs.

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